Bilan de session : entre compétence et idéologie

Un peu plus de deux mois après son élection, le gouvernement Legault est perçu comme étant «compétent» et «proche des gens», selon les élus caquistes, mais plutôt «idéologique» et «conservateur», selon les partis d’opposition.

Même si le gouvernement commence à peine à s’installer au pouvoir, c’était déjà l’heure des bilans, vendredi, à l’Assemblée nationale, au terme d’une mini-session de deux semaines.

En l’absence du premier ministre François Legault, retenu à Montréal à la conférence des premiers ministres du Canada, le bilan gouvernemental a été tracé par la vice-première ministre, Geneviève Guilbault, et le leader parlementaire, Simon Jolin-Barrette.

Mme Guilbault s’est défendue de faire partie d’un gouvernement prompt à adopter des positions idéologiques, comme le lui ont reproché les partis d’opposition.

«Le seule idéologie que nous avons c’est d’être cohérent avec les engagements qu’on a pris, notamment en campagne électorale», a-t-elle commenté en conférence de presse.

La Coalition avenir Québec (CAQ) s’est fait élire «avec un mandat très clair» et 74 députés, ce qui lui donne les coudées franches pour réaliser son programme, a-t-elle ajouté, en réplique à tous ceux qui se plaignent de ne pas être suffisamment consultés.

Si ce n’était pas le cas, des gens reprocheraient à la CAQ de ne pas respecter ses engagements, selon elle.

«Quand on nous demande : est-ce que vous vous sentez mal de respecter vos engagements? Notre réponse est non», a dit Mme Guilbault.

Ces dernières semaines, pour l’essentiel, le gouvernement a déposé trois projets de loi et adopté des mesures fiscales destinées aux parents de jeunes enfants et aux aînés à faible revenu.

L’opposition officielle conclut des premiers pas du gouvernement Legault qu’il défend une «idéologie conservatrice», basée sur les sondages et le marketing.

En conférence de presse, le chef de l’opposition officielle, le libéral Pierre Arcand, ne s’est pas montré du tout impressionné par les performances des membres du gouvernement jusqu’à maintenant, disant surtout avoir de «la difficulté à comprendre où ils s’en vont».

Même son de cloche du côté de l’opposition péquiste, qui s’impatiente de voir le gouvernement passer à l’action en investissant dans les services directs à la population.

Avis d’experts écartés

«Pourquoi attendre? La Coalition avenir Québec a annoncé des mesures ciblées. C’est le choix qu’elle a fait. Mais aucun investissement majeur dans les services. Alors, ça, ça nous intéresse. En santé, auprès des aînés, en éducation, pour la réussite des élèves, dans les régions du Québec», a dit le chef par intérim, Pascal Bérubé, en conférence de presse.

«Les malades ne peuvent pas attendre, les aînés ne peuvent pas attendre, les élèves ne peuvent pas attendre», selon lui.

Il est prêt lui aussi à qualifier le gouvernement d’» idéologique», en s’appuyant sur trois dossiers controversés sur lesquels peu de place a été faite au doute, à la discussion, aux avis d’experts ou aux concessions : le troisième lien entre Québec et Lévis, la hausse de 18 à 21 ans de l’âge légal pour consommer du cannabis et le développement des maternelles quatre ans sur tout le territoire.

Selon Québec solidaire, qui est revenu à la charge pour réclamer des actions concrètes pour lutter contre les changements climatiques, s’il y a un mot qui peut qualifier le gouvernement Legault, c’est bien le mot «idéologique».

«Dans le dossier de l’immigration, dans le dossier du cannabis, dans le dossier du troisième lien, dans le dossier de l’environnement, M. Legault préfère être à l’écoute de son idéologie conservatrice plutôt que d’écouter la science et les experts. Alors, c’est préoccupant», a dit en conférence de presse la porte-parole du parti, Manon Massé, qui a comparé M. Legault à l’ex-premier ministre conservateur fédéral Stephen Harper.

Elle a aussi fait valoir que la CAQ n’avait reçu l’appui que de 37 % de la population lors du dernier scrutin, et en conclut que le gouvernement «ne peut pas gouverner comme s’il était seul, il doit gouverner en écoutant et en cherchant les consensus» avec l’opposition.