Betts veut faire tourner les têtes

La prochaine semaine sera importante dans l’ascension de Mathieu Betts vers la NFL.

Invité à la 94e édition du East West Shrine Game, qui regroupe des espoirs de la NCAA susceptibles d’être sélectionnés à compter de la 4e ronde au repêchage de la NFL, l’ailier défensif étoile du Rouge et Or de l’Université Laval tentera de retenir l’attention des recruteurs et des dirigeants présents à St. Petersburg. Des entraînements sont prévus toute la semaine, qui se conclura par le match qui sera disputé, samedi, au Tropicana Field.

« Mathieu possède des atouts pour faire tourner des têtes, a affirmé l’entraîneur-chef du Rouge et Or, Glen Constantin. Son habileté à exercer de la pression sur le quart-arrière est sa marque de commerce, tout comme son intensité. C’est parfois un cliché de dire qu’un joueur possède un gros moteur, mais, dans le cas de Mathieu, c’est vraiment spécial. Il se défonce à chaque jeu. »

« Il possède un départ canon et il sera avantagé en situation de passe en raison de l’absence de la verge entre les deux lignes, poursuit le pilote lavallois, qui est aussi le responsable de la ligne défensive. Son explosion, son premier pas, son temps de réaction sont ses plus grandes forces. Dans les situations à un contre un, il sera capable de très, très bien faire. Au sol, ce n’est pas le joueur le plus physique, mais il sera en mesure de se débrouiller. »

Nouvelle position ?

Utilisé comme ailier défensif depuis toujours, Betts devra fort possiblement changer de position pour atteindre la NFL. En Floride, il évoluera comme ailier, parce que les deux équipes miseront uniquement sur un front défensif de type 43, mais plusieurs estiment que son avenir chez nos voisins du Sud passe par la position de secondeur extérieur, compte tenu de son poids de 250 livres. C’était notamment l’avis du recruteur des Saints de La Nouvelle-Orléans, qui s’est déplacé à Québec en octobre.

« Le consensus des recruteurs est qu’ils voient Mathieu comme secondeur dans un front défensif de type 34 où il se retrouvera sur le coin de la ligne, a raconté Constantin. Ça ne changera pas grand-chose, parce qu’il pourra s’aligner pas mal à la même place. En 3e essai et 10, les équipes misent sur une 43. C’est beaucoup du football de situation. Les essais les plus importants sont ceux par la passe. Mathieu n’est pas aussi gros que certains le voudraient, mais la production a toujours été là. »

« Je ne le compare pas à Clay Matthews (Packers de Green Bay), mais Matthews joue un style qui ressemble et convient à Mathieu, de poursuivre Constantin. Il blitz de l’extérieur et du centre à partir du 2e niveau. En parlant à un recruteur haut gradé des Patriots, j’ai comparé Mathieu à Rob Ninkovich. Il m’a dit qu’il s’agissait d’une très bonne comparaison et qu’il trouvait que Mathieu était plus athlétique. »

Ninkovich a évolué 11 ans dans la NFL, dont huit avec les Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Le secondeur a pris sa retraite en 2017. Les deux ont des gabarits fort similaires à Betts.

Progression

Même si Betts a dominé dès sa première saison universitaire pour être choisi recrue par excellence au pays, Constantin estime que le produit des Spartiates du Vieux Montréal a progressé au fil des ans.

« Un lanceur a besoin d’un deuxième tir pour appuyer sa balle rapide, a expliqué Constantin. Dans le cas de Mathieu, il a développé des poussées en puissance pour jumeler avec sa vitesse. Il est devenu un joueur plus aguerri, et ses mains sont encore meilleures. Quand il est venu à notre camp en 2017, Jim Washburn [entraîneur de ligne défensive dans la NFL pendant 19 ans] me disait que Mathieu était un “pass rusher” naturel. »

Mathieu Betts en bref

♦ Trophée Peter Gorman, recrue de l’année au Canada, 2015

♦ Trophée J.P. Metras, joueur de ligne par excellence au Canada, 2016, 2017 et 2018

♦ 1er espoir lors du classement de décembre du Bureau de recrutement de la LCF

♦ 14,5 plaqués pour pertes, 12 sacs et 3 passes rabattues, 2015

♦ 10,5 plaqués pour pertes, 9 sacs, 5 passes rabattues, 2016

♦ 6 plaqués pour pertes, 5,5 sacs, 2017

♦ 14 plaqués pour pertes, 9 sacs, 3 passes rabattues, 2018

♦ Détient le record pour le plus grand nombre de sacs dans le RSEQ avec 35,5

Une renommée qui peut aider

Même s’ils évoluent dans la NFL, Laurent Duvernay-Tardif et Antony Auclair n’étaient pas aussi connus que Mathieu Betts lorsqu’ils ont pris part au East West Shrine Game, respectivement en 2015 et 2017.

Leurs performances à ce match d’étoiles ainsi que lors de leur « proday » leur ont ouvert les portes de la NFL. Quant à Betts, il est déjà dans la mire de trois équipes qui sont venues l’épier cet automne au Québec. Les Chiefs de Kansas City et les Steelers de Pittsburgh ont assisté à des parties du Rouge et Or dans la métropole, alors que les Saints de La Nouvelle-Orléans se sont pointés à un entraînement au PEPS.

La semaine dernière, l’analyste Jon Ledyard de Draft Network a publié une longue analyse de l’ailier défensif du Rouge et Or. Il estimait que Betts pourrait être une surprise du East West Shrine Game.

Recherches

« Le buzz s’est créé en raison d’une panoplie d’événements, a souligné l’agent de Betts, Sasha Ghavami. Il a connu quatre excellentes saisons, ce qui a amené certains à faire leurs recherches. Les succès de Laurent [Kansas City], Antony [Tampa Bay] et David Oneymata [Nouvelle-Orléans] qui a très bien fait en 2016 font en sorte que les recruteurs regardent plus sérieusement les joueurs qui évoluent dans le réseau universitaire canadien. Les équipes de la NFL font plus leurs devoirs et ils regardent plus les espoirs canadiens. Ils évaluent les joueurs du réseau canadien de la même façon qu’ils évaluent les espoirs de la NCAA. Avant les récents succès des Québécois, Randy Chevrier était le dernier joueur du Québec à avoir été repêché, et ça remontait à 2001. »

« Mathieu est connu en arrivant au East West, ce qui n’était pas le cas de Laurent et Antony, poursuit Ghavami, qui représente les trois joueurs. Le succès des joueurs qui ont passé avant aide ceux qui s’en viennent. Même s’il est plus connu, il y a toutefois plusieurs étapes à accomplir pour Mathieu avant qu’il soit repêché ou qu’il signe comme agent libre. Les équipes ne sont pas rendues à dire où elles le voient dans le repêchage. Ça va se produire beaucoup plus tard. Mathieu est un excellent joueur et il est capable d’offrir de très bonnes performances au East West, mais je n’aime pas dire qu’il pourrait être une surprise. »

À l’instar de Duvernay-Tardif et Auclair avant lui, Betts a peaufiné sa préparation en se rendant à Knoxville, où il s’est entraîné sous les bons soins du préparateur physique Charlie Petrone, du 28 décembre au 11 janvier.