Tennis. En Australie, la révolte des « polos jaunes » ?

Vent de fronde des sans-grade du circuit masculin alors que débute le premier Grand Chelem de l’année. Les « mutins » veulent eux aussi tirer les marrons du jeu.

Du vent dans les cordages à l’Open d’Australie de tennis. Alors que débute cette semaine la première levée des quatre tournois du Grand Chelem, le circuit masculin est secoué par un vent de fronde. Dans le rôle du « polo jaune », on trouve le joueur canadien Vasek Pospisil (71e mondial), membre du conseil des joueurs au sein de l’Association des tennismen professionnels (ATP). Blessé et forfait de dernière minute, Pospisil fait néanmoins front face à l’ATP via un mail qu’il a adressé aux joueurs classés entre la 50e et la 100e place, bref les soutiers du circuit. La missive réclame une meilleure répartition des gains générés par l’industrie tennistique.

« Les tournois du Grand Chelem font des centaines de millions de dollars de profit… mais nous, joueurs, ne ­recevons que moins de 10 % de toutes ces sommes », argue ainsi le joueur de 28 ans, résident aux Bahamas, qui a engrangé plus de 5 millions d’euros de gains en compétition depuis 2007. Pour Pospisil, il est urgent pour l’ATP de s’aligner sur le modèle des ligues américaines de sports collectifs (basket, hockey, base-ball), qui garantissent aux acteurs de terrain « près de 50 % des revenus générés par leur sport ». Et d’ajouter : « Il est temps de changer le système. » Dans les faits, Pospisil n’a pas tort puisque seulement 7 % des revenus engendrés par les quatre tournois du Grand Chelem (Australie, Roland-Garros, Wimbledon, US Open) reviennent aux joueurs sous forme de « prize money ».

Si d’aventure la fronde se propageait chez les joueurs encore divisés, elle bousculerait le circuit avec la chute accélérée du grand patron de l’ATP, le Britannique Chris Kermode, qui aurait essuyé un vote de défiance lors d’une assemblée des joueurs, samedi à Melbourne, à quelques heures de lancer le premier tour du tournoi austral. Son sort devrait être fixé lors d’un vote officiel des instances de l’ATP après la quinzaine de l’Open d’Australie. En attendant, le tennis masculin professionnel renoue là avec un de ses soubresauts habituels. Il y a un peu plus de trente ans déjà, en 1988, les joueurs de l’époque lassés que la manne des droits de télévision ne leur passe substantiellement sous le nez avaient menacé de faire sécession avec la Fédération internationale en créant leur propre circuit. Chose faite deux ans plus tard. En 2019, le numéro 1 mondial serbe Novak Djokovic est en tout cas en pole position sur la question : samedi, lors de la réunion des joueurs à Melbourne, il avait convoqué un spécialiste des questions salariales… F. S.